Doctorama

Blog collectif sur l'expérience humaine du doctorat

Author: Olivier Charbonneau

Étudier le droit sans être avocat

Quand je veux confondre mes interlocuteurs, je précise que je fais un doctorat en droit sans être avocat. Je n’ai même pas de baccalauréat en droit, le diplôme universitaire de premier cycle au Québec qui mène à l’École du barreau et au titre d’avocat.

«À quoi ça sert donc un doctorat en droit si on n’est pas avocat?» me sert-on invariablement comme réponse. Mais, être un meilleur bibliothécaire, bien sûr !

J’ai débuté mes études en droit en 2004, en prenant quelques cours de soir à la Faculté des études permanentes de l’Université de Montréal. J’avais déjà un bacc en commerce et une maîtrise en sciences de l’information sans oublier un poste professionnel à temps plein à l’Université Concordia (que j’exerce toujours aujourd’hui après plus de 10 heureuses années). Suite à cette expérience, je n’avais pas le choix de me lancer dans une maîtrise en droit, suivi d’un doctorat quelques années plus tard.

À l’époque, j’étais très impliqué dans les associations professionnels du milieu des bibliothèques. J’y ait développé une fascination relativement inexplicable mais compulsive pour les questions du droit d’auteur numérique. Je n’exagère pas en disant qu’il s’agit d’un des problèmes majeurs de nos institutions documentaires à la grandeur de la planète.

Mais vous ne semblez pas convaincu. Pensez aux problématiques de la numérisation massive – pour ne pas mentionner Google Books; de la réforme du droit d’auteur pour les réalités nouvelles d’internet; de l’émergence du partage et des licences libres telles Creative Commons; du contenu généré par les usagers et la diffusion libre des données gouvernementales ou issues de la recherche… la liste est constamment renouvelée. Il y a tellement de travail que j’ai dû lancer mon premier blogue en 2005 – culturelibre.ca – pour conserver la trace de tous ces bribes.

À la suite de mon implication professionnelle dans les groupes de bibliothèques et particulièrement les comités sur le droit d’auteur au niveau national et international, j’ai réalisé que les bibliothèques doivent composer avec le gouffre béant issu de l’émergence d’internet dans l’environnement institutionnel. Si les bibliothèques offrent un accès à une collection, tout en préservant les documents pour les générations futures, les exigences, rôles et besoins sont a redéfinir dans le nouvel environnement numérique. Et, je suis convaincu que cette nouvelle conceptualisation doit absolument passer par une analyse du droit d’auteur.

D’où l’intérêt d’un doctorat en droit sans être avocat. Un long détour pour aller au fond du gouffre qui sépare ce que l’on croit et ce que l’on veut, pour concevoir les bibliothèques dans un monde numérique.

En fait, le droit d’auteur est animé par un choix très simple. Soit qu’un utilisateur d’une oeuvre protégé obtient la permission auprès du titulaire légitime du droit d’auteur pour un usage réservé par la loi, soit qu’il décide d’invoquer une exception pour l’usage.

Permission ou exception.

La frontière de ce choix varie selon les pays et en fonctions des modalités des traités internationaux, des lois nationales et des jugements de la cour. Mais ce choix dicte l’innovation dans un pays, l’effervescence culturelle ou la stabilité économique des agents de tous les milieux.

Les bibliothèques jouent un rôle de premier plan dans cette équation de par l’accès et la préservation à des collections. Elles peuvent aussi mettre en place des services en fonction des exceptions du droit d’auteur, sans oublier effectuer des représentations auprès du législateur pour façonner de nouvelles exceptions.

Pour sortir de ce problème, je dois combiner trois thèmes majeurs : le droit d’auteur, le numérique et les bibliothèques.

Je m’arrête ici, mais j’aurai la chance de vous proposer quelques fragments de mes recherches dans mes billets suivants…

Bloguer son doctorat ?

Je dois avouer que j’étais blogueur avant de devenir doctorant. Probablement bloguodépendant même.

J’ai lancé mon premier blogue, CultureLibre.ca, en 2005 sur les thèmes du droit de l’information, puis un autre, Outfind.ca, en 2011 pour mon travail de bibliothécaire pour l’École de gestion de l’Université Concordia. J’ai aussi un blogue personnel, j’aide mon beau-frère et ma belle soeur pour la gestion du blogue de leur pourvoirie ainsi que d’autres projets plus ou moins exigeants… pour un total d’une douzaines de blogues.

Bloguer pour moi constitue l’exercice suprême de réflexion critique. Quiconque s’intéresse à un sujet peut facilement se renseigner et lire une multitude de textes dans Internet ou sur papier. Mais il n’est pas donné à tout le monde d’écrire sur un sujet.

Le blogue, selon moi, constitue non seulement un exercice d’écriture continu mais aussi un carnet afin de consigner réflexions, liens, lectures et autres bribes intellectuels. Le blogue devient rapidement une carte de visite intellectuelle, un sommaire imparfait mais réel de notre cheminement intellectuel. En plus, le blogue devient un avatar au sein d’une communauté virtuelle dans Internet.

C’est pourquoi je tiens à Doctorama.ca et je remercie Florence Piron de l’avoir lancé et l’Association science et bien commun de le parrainer. Je tenais à y participer afin de partager mes expériences de blogueur, surtout depuis que j’ai débuté mon doctorat.

Au début, je pensais naïvement bloguer mon doctorat – rien de tel pour motiver l’auteur en soi que de s’exposer en temps réel. Depuis, ma perspective a un peu changé. En quelque sorte, je blogue les notes de bas de page de mon doctorat. J’y consigne des résumés de lecture mais aussi des listes de documents à lire. J’y envoie des diatribes, laïus et autres exposés qui ne cadrent pas dans ma thèse. Je tiens aussi une veille documentaire sur les développements de mon domaine. Un carnet personnel, partagé, ouvert, en temps réel.

Pour voir un exemple, veuillez suivre ce lien vers la catégorie LLD de mon blogue CultureLibre.ca. Vous pouvez aussi visionner cette conférence que j’ai prononcé à l’ACFAS l’an dernier sur le blogue d’un doctorant:

Conférence : Le blogue du doctorant from Science et bien commun on Vimeo.

Pour tout dire, le blogue est un outil qui permet de consigner réflexions et de fléchir son muscle d’auteur. L’exercice d’écriture de la thèse en bénéficie grandement.

Comment contribuer à Doctorama ?

Nous venons de créer une page qui explique comment contribuer à Doctorama. Essentiellement, ce blogue collectif ouvert à tous les doctorants et toutes les doctorantes de la Francophonie a pour but de constituer une plateforme simple d’échanges en français sur l’expérience humaine du doctorat et une sorte de vitrine pour nos recherches. Détails ici : http://doctorama.ca/comment-contribuer/

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